Introduction
Dans l’immense galaxie de Dragon Ball, toutes les œuvres ne sont pas placées sur un pied d’égalité.
Akira Toriyama, créateur du manga, n’intègre pas systématiquement les produits dérivés lorsqu’il s’exprime sur son univers : il opère un tri, souvent implicite.
Cet article vise à expliquer ce qu’on peut raisonnablement considérer comme « canon » dans Dragon Ball, c’est-à-dire les éléments qui composent la continuité principale telle que Toriyama l’envisage (canon de l’auteur)— ou, à défaut, ce que les ayants droit comme Shueisha, Toei, Bandai, etc… valident officiellement (canon spécifique).
1. Qu’entend-on par “canon” ?
Dans une fiction, le canon désigne l’ensemble des œuvres qui constituent l’histoire officielle, celle sur laquelle on peut s’appuyer sans risque de contradiction majeure.
Tout ce qui vient d’auteurs tiers (adaptations, films, OAV, fanfictions…) est généralement considéré comme hors canon ou appartenant à des réalités parallèles.
Dragon Ball n’a jamais reçu de définition officielle du canon comparable à celle de Star Wars ou Dune.
Les éditeurs n’ont publié qu’une chronologie et des guidebooks, dont la valeur dépend de l’implication directe de Toriyama.
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2. Pourquoi définir un cadre de débats ?
Dans les discussions entre fans, il est primordial de parler du même objet.
Les débats entre fans sont impossibles si chacun se réfère à des sources différentes.
On ne peut comparer sérieusement la puissance des personnages ou analyser les événements si certains tiennent compte des fillers de l’anime et d’autres uniquement du manga.
Un cadre commun évite les malentendus : sans lui, c’est comme débattre du goût d’un fruit alors que les uns pensent à une pomme et les autres à une poire ou une banane.
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3. Toriyama et la notion de canon
Même s’il n’utilise jamais ce terme, Toriyama pratique bien un tri :
• Il retient le manga original, Jaco the Galactic Patrolman et ses réponses en interviews.
• Il ignore explicitement certains films (ex. Cooler, Dragon Ball GT qu’il qualifie d’histoire parallèle).
• Il a intégré le personnage de Bardock au manga mais a plus tard réécrit son passé dans DB Minus, confirmant que l’OAV initial n’était pas canon.
Notre objectif : nous rapprocher autant que possible du tri que Toriyama opère dans sa tête, même s’il ne parle jamais de « canon ».
Le principe de précaution : lorsqu’un élément n’est ni confirmé ni rejeté par l’auteur, mieux vaut l’écarter des débats « canoniques » pour éviter de bâtir des théories fragiles.
Aimer une œuvre ne suffit pas : tant que Toriyama n’a pas confirmé sa place, elle reste en dehors du cadre des débats sur le manga selon sa vision d’auteur.
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4. L’exemple Bardock
Le téléfilm sur Bardock a longtemps divisé : Toriyama l’appréciait, mais sans l’inclure officiellement dans sa trame.
Vingt-quatre ans plus tard, DB Minus a proposé une version différente de ses origines.
Ignorer le téléfilm par prudence s’est donc révélé judicieux : tout raisonnement fondé sur cette œuvre aurait été invalidé.
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5. Œuvres supervisées ou non par Toriyama
La participation de Toriyama varie selon les projets :
• Scénario complet (Battle of Gods, Resurrection F, Broly, Super Hero).
• Idée générale / character design, mais sans contrôle total (Dragon Ball Super).
• Aucune (ou quasiment aucune ) implication (GT, films Z hors ceux cités, jeux vidéo…).
Les crédits officiels japonais sont précieux pour évaluer ce degré d’implication. Ainsi, le manga Dragon Ball Super crédite Toriyama comme « auteur original », mais pas comme superviseur, contrairement à d’autres spin-off (Episode of Bardock, DB SD). Sa présence dans les storyboards ne suffit donc pas à en faire un prolongement direct de son univers.
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6. Adaptations, fillers et productions parallèles
Les fillers de l’anime, les jeux ou encore Dragon Ball Heroes interprètent souvent librement le matériel d’origine.
Sauf confirmation explicite, ces éléments restent hors du cadre canonique défini par Toriyama.
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7. Pourquoi ne pas s’en tenir uniquement au manga ?
Le manga constitue bien le noyau dur, le cœur, le canon absolu, mais Toriyama a livré, après sa publication, des informations précieuses :
capacités des cyborgs, organisation de la société saiyan, détails sur Mr. Satan, etc…
Ces précisions complètent le récit sans en altérer le contenu. Les négliger reviendrait à ignorer l’intention de l’auteur.
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8. Intégration des productions extérieures
Toriyama peut, s’il le souhaite, intégrer dans le monde du manga une œuvre issue d’un autre média (film, OAV, jeu…).
C’est son droit, et personne ne peut l’empêcher de rebondir dessus plus tard.
Cependant, par principe de précaution, tout produit qu’il n’a pas scénarisé et dont il n’a pas dit clairement qu’il faisait partie de son univers reste en dehors des débats.
Ses simples validations éditoriales — « ok, faites-le » — sur des films, databooks, jeux (Xenoverse), premiers épisodes de GT, etc., ne prouvent pas qu’il les prenne en compte dans sa propre vision.
La seule garantie, c’est une déclaration explicite ou une intégration dans ses œuvres principales.
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9. Toriyama et Dragon Ball Super : quelle implication ?
Question : Akira Toriyama est-il scénariste de Dragon Ball Super ?
Réponse : Non.
Sur Wikipédia, on lit parfois qu’il est scénariste. C’est inexact.
Dans l’opening de la série, les crédits affichent :
原作・ストーリー原案・キャラクター原案 | 鳥山 明
Œuvre originale – Idée originale de l’histoire – Idée originale des personnages | Akira Toriyama

• « Œuvre originale » est une mention légale : tout produit estampillé Dragon Ball porte ce crédit, même sans implication active.
• « Idée originale » signifie qu’il a fourni un synopsis général et des concepts, mais pas le scénario épisode par épisode.
Exemple :
• L’épisode 1 crédite Yoshifumi Fukushima au script (脚本 – kyakuhon).
• L’épisode 2 crédite King Ryû.
Toriyama a remis à Toei une intrigue de base — « une histoire étrange où les héros quittent leur univers » — mais rien n’indique qu’il ait participé ensuite à l’écriture des arcs.
Son rôle se situe entre celui qu’il avait pour Battle of Gods (scénario complet) et celui qu’il avait pour l’OAV Yo! Son Gokû et ses amis sont de retour !! (simple idée originale).
À noter : le manga Dragon Ball Super a été annoncé comme adaptation de l’anime, et non l’inverse.
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10. Crédits et degré d’implication
Les crédits peuvent aider à mesurer l’implication de Toriyama, même s’ils ne disent pas toujours tout.
| Œuvre | Crédit Toriyama | Niveau d’implication |
| Battle of Gods | Histoire & chara-design (ストーリー・キャラクターデザイン) | Fort |
| Yo! Son Gokû… (OAV) | Idée originale (原案) | Faible |
| Manga Super | Œuvre originale (原作) | Minimal |
| Episode of Bardock / DB SD | Œuvre originale & supervision (原作・監修) | Moyen |
Fait marquant : Dragon Ball Super (manga) est le spin-off sur lequel Toriyama est officiellement d’après les crédits le moins impliqué. Même Episode of Bardock ou Dragon Ball SD portent le crédit « supervision », absent de Super.

Mais plus encore, même un crédit “Auteur : Akira Toriyama” ne garantit pas une implication directe.
Les Daizenshū en offrent un exemple éclatant : ces encyclopédies monumentales publiées par Shueisha entre 1995 et 1996 créditent Akira Toriyama comme auteur, alors qu’elles ont en réalité été conçues et rédigées par le rédacteur en chef Akinori Watanabe (crédit du rédacteur en chef) et une équipe éditoriale dédiée.
Toriyama lui-même le reconnaît dans la note illustrée qui ouvre le Daizenshū 7, où il remercie explicitement les membres du staff pour le travail colossal accompli. Dans le cas des Daizenshū,Toriyama n’a donc fait que relire, tandis que Watanabe et son équipe se sont chargés de la conception, la rédaction et la mise en forme du contenu.
Autrement dit , même lorsqu’un guidebook porte le nom “Akira Toriyama” en couverture, cela ne signifie pas que l’auteur du manga en soit réellement le créateur ou le rédacteur.
Le crédit peut ainsi relever davantage d’une mention d’origine légale ou symbolique(reconnaissance du créateur de l’univers) que d’une participation effective au projet.
Les Daizenshū illustrent parfaitement ce décalage entre crédit officiel et implication réelle, rappelant que toute analyse du canon doit aussi s’appuyer sur les faits de production lorsqu’ils sont connus.
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11. Hiérarchie des strates du canon Dragon Ball
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• Notes, brouillons et directives internes jamais publiés.
Statut : invisible au public, mais source première.
Niveau 0 – Métacanon (privé / non public)
• Films écrits par Toriyama : Battle of Gods, Resurrection F, Broly, Super Hero
• Jaco le patrouilleur galactique (préquelle)
• Interviews et Q&A de Toriyama (Daizenshuu, V-Jump…).
Statut : vision directe de Toriyama.
Niveau 1 – Canon Auteur (Toriyama pur)
Statut : extensions contrôlées par l’auteur.
Niveau 1 bis – Canon validé par Toriyama
• Manga Dragon Ball Super
• L’histoire officielle (正史 seishi) dévoilée lors de la tournée du Tokyo Skytree + Viz North America Tour.
Statut : officialisation éditoriale, fiabilité relative.
Niveau 2 – Canon éditeur (Shueisha)
• Animes : Dragon Ball Super, Dragon Ball Daima, Dragon Ball Z (avec fillers).
Statut : adaptations fidèles aux grandes lignes mais enrichies par d’autres auteurs.
Niveau 3 – Adaptations dérivées
• Films Z (hors Battle of Gods et suivants).
• Dragon Ball Heroes (jeu et anime).
• Nekomajin (parodie)
• Comment je me suis réincarné en Yamcha (isekai/what if/parodie).
Statut : œuvres officielles, mais hors canon auteur.
Niveau 4 – Univers parallèles officiels
• Fanfictions, animations amateurs, mods.
Statut : créations de fans, non officielles.
Niveau 5 – Fanon
Statut : appropriation individuelle, utile pour combler les zones d’ombre.
Niveau 6 – Headcanon
Conclusion
Dragon Ball n’a jamais reçu de « bible canonique » définitive.
Mais en observant le tri opéré par Toriyama et les différents niveaux d’officialité, on peut établir une hiérarchie cohérente.
Ce cadre n’interdit pas d’apprécier fillers, films ou fanfictions ; il définit simplement un langage commun lorsque l’on débat de l’histoire telle que l’a imaginé Akira Toriyama.

